Dominique Meeùs
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La journée de travail

La plus-value absolue est créée par la prolongation de la journée de travail. Mais jusqu’à quelle limite la journée de travail peut-elle être prolongée ? Quelle est la durée normale de la journée de travail ?

La durée normale de la journée de travail permet à l’ouvrier de dépenser autant de force de travail qu’il est en mesure de restaurer journellement, sans user prématurément son organisme. On peut travailler pendant plusieurs jours, semaines et années, de telle manière qu’après, il sera impossible de restaurer la force de travail dépensée et usée. Dans ce cas, sans s’en rendre compte, l’ouvrier dépense, dans une journée de travail, plus qu’une force de travail journalière. Il en résulte l’invalidité prématurée, la vieillesse et même la mort. La durée d’une journée de travail normale doit être telle que l’ouvrier dépense dans sa journée la force de travail correspondante à la durée normale moyenne de la vie.

Mais le capitaliste ne s’intéresse pas à la durée normale de la journée de travail.

Le capital ne se pose pas de question sur temps que vivra la force de travail. Ce qui l’intéresse, c’est uniquement et exclusivement le maximum de force de travail qui peut être dégagé en une journée de travail. Il atteint ce but en diminuant la longévité de la force de travail, comme un agriculteur avide obtient un rendement accru de son sol en le dépossédant de sa fertilité.

La production capitaliste […] produit […] aussi l’épuisement et la mort prématuré de cette force. Elle allonge le temps de production du travailleur pendant une période donnée en abrégeant son temps de vie.

Marx, Le Capital, Livre I, P.U.F., Paris, 2009, p. 296-297.

L’ouvrier vend au capitaliste sa force de travail pour un jour et il réclame que la journée de travail soit limitée à la dépense normale d’une force de travail journalière. Le capitaliste prétend qu’ayant acheté la force de travail, il a le droit d’en tirer toute la valeur d’usage et de prolonger à volonté la journée de travail. Les deux — l’ouvrier et le capitaliste — invoquent avec autant de raison les lois de l’échange des marchandises.

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Entre des droits égaux, c’est la violence qui tranche. Et c’est ainsi que dans l’histoire de la production capitaliste la réglementation de la journée de travail se présente comme la lutte pour les limites de la journée de travail. Lutte qui oppose le capitaliste global, c’est-à-dire la classe des capitalistes, et le travailleur global, ou la classe ouvrière.

Marx, Le Capital, Livre I, P.U.F., Paris, 2009, p. 262.

La création d’une journée de travail normale est donc le résultat d’une longue et âpre guerre civile plus ou moins larvée entre la classe capitaliste et la classe ouvrière.

Marx, Le Capital, Livre I, P.U.F., Paris, 2009, p. 335.

Au début du capitalisme, l’État prolongeait la journée de travail par la voie législative, mais avec la croissance de la classe ouvrière et de sa lutte pour la limitation de la journée de travail, l’État (surtout au 19e siècle) fut forcé de réduire la journée de travail par la voie législative.

Avant la guerre, dans tous les pays capitalistes, la classe ouvrière menait la lutte pour la journée de 8 heures. Pendant les premières années d’après-guerre, à la suite de l’essor formidable du mouvement révolutionnaire, la classe ouvrière a conquis la journée de 8 heures dans les pays capitalistes les plus considérables. Mais à partir de 1924 a commencé la prolongation de la journée de travail, souvent jusqu’à 12 heures et au-delà.

Seule, la lutte conséquente de la classe ouvrière décide de la durée de la journée de travail. La classe ouvrière ne pourra établir une journée de travail normale qu’après la conquête du pouvoir. Un exemple saisissant nous est offert par l’U.R.S.S. où on a passé de la journée de 8 heures à celle de 7 heures pour passer plus tard à celle de 6 heures.