Dominique Meeùs
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Le Soir, samedi 27 et dimanche 28-12-2008, p. 56.

Idées

Andy Rothman
Stratège chez CLSA (Shanghaï)

« Le système bancaire chinois est plein de liquidités »

Entretien
Pékin
De notre correspondant

Basé à Shanghaï, Andy Rothman est stratège macroéconomique de CSLA, une société de conseil d’information financière qui a son siège à Hong Kong. Il explique pourquoi selon lui la Chine ne souffrira pas longtemps de la crise économique qui balaie la planète tout entière.

Les statistiques économiques chinoises s’avèrent de plus en plus négatives. Cette tendance devrait-elle se poursuivre en 2009 ?

Les statistiques macroéconomiques chinoises continueront à être très mauvaises pour les mois à venir. Lors du premier trimestre 2009, la croissance du produit intérieur brut (PIB) devrait ainsi descendre à 7 %, se stabiliser à ce niveau au second trimestre avant de repartir en forte hausse au cours du second semestre. Sur l’ensemble de l’année 2009, la croissance chinoise se situera donc aux alentours de 8 %.

Quel est le principal motif de cette forte baisse de la croissance chinoise ?

Pékin devra faire face à l’arrêt de la croissance aux États-Unis et en Europe et donc à une baisse de ses exportations. C’est d’ailleurs ce qui me fait penser que le gouvernement chinois ne dépréciera pas sa monnaie. Une telle décision n’influerait pas sur la demande américaine et n’aiderait donc que faiblement ses exportations. En revanche, elle provoquerait de fortes tensions avec ses partenaires commerciaux.

Cette baisse des exportations est-elle très préjudiciable pour le pays ?

Non car, contrairement à ce qui est souvent dit, la Chine n’est pas une économie fortement dépendante de ses exportations. Si les exportations comptent pour environ 36 % du PIB, il est incorrect d’utiliser ce chiffre car plus de 50 % des exportations chinoises sont réalisées grâce à des matières premières importées en Chine. Il faut donc plutôt prendre en compte les exportations nettes, c’est-à-dire les exportations moins les importations. Dès lors, même si l’industrie de transformation ou d’assemblage destinée à l’exportation crée des emplois, la contribution réelle des exportations se situe plus aux alentours des 16 % du PIB chinois.

Quelle est donc la conséquence de la chute des exportations pour la croissance chinoise ?

L’apport des exportations nettes au PIB sera nul mais pas négatif. Cela signifie néanmoins que la croissance chinoise ne pourra compter que sur ses investissements et sa consommation intérieure. Cette dernière se maintient en bonne forme. Il n’existe en effet pas les mêmes problèmes qu’aux États-Unis : pas de surendettement des ménages, un taux d’épargne très élevé et une hausse importante des salaires depuis de nombreuses années.

Comment les investissements vont-il réagir de leur côté ?

Ils vont baisser mais pas chuter. Entre 10 % et 12 % d’entre eux sont liés aux exportations, ce qui signifie qu’au moins 88 % d’entre eux sont liés à la consommation intérieure. Ils seront d’autant plus stimulés qu’il n’existe pas en Chine de problème de crédit car le système bancaire chinois est plein de liquidités. Toutes les banques sont publiques, elles prêteront donc lorsque le gouvernement le leur imposera, ce qui est déjà le cas depuis quelques semaines. Enfin, et cela n’est pas le moins important, il n’y a aucune crise de confiance puisque le système financier est intact.

Le secteur immobilier vit une sérieuse crise, après une bulle créée par une vaque spéculative. Faut-il s’attendre là aussi à un retournement dans ce secteur ?

L’immobilier va également repartir au milieu de l’an prochain. La raison de la crise n’est pas la même qu’aux États-Unis ou en Europe. Il n’y a pas de faiblesse de la demande ; tout est dû à des mesures prises ces dernières années par le gouvernement. Il craignait une bulle et il a tout fait pour la faire éclater. Celle-ci a pris fin et je m’attends donc à de nombreuses mesures de relance.

Vous paraissez optimiste sur les capacités de rebond de la Chine.

Oui car il faut tout d’abord rappeler qu’une bonne partie du ralentissement actuel est due à la politique menée par le gouvernement chinois. Depuis plusieurs années, il craignait une surchauffe de l’économie. Il avait donc restreint les possibilités de crédit, l’explosion de l’immobilier, les projets d’infrastructure, la hausse des exportations. La crise commençant à impacter la Chine, il fait marche arrière toute. Il possède donc un pouvoir de levier important.

Faut-il s’attendre à des risques d’instabilité sociale dans le pays ?

J’ai passé ces dernières semaines de longs moments dans le sud de la Chine. J’y ai vu des problèmes individuels, d’employés manifestant et même parfois cassant des usines en raison de salaires impayés. Globalement pourtant, les gens retrouvent vite du travail. Si le chômage augmente, le niveau de vie de la population a largement progressé et l’endettement demeure très limité. En 2000, le chômage réel atteignait sans doute 11 % en Chine et parfois 20 % dans les régions du Nord industriel, mais cela n’a jamais été porteur d’instabilité sociale d’envergure. La clef de la stabilité sociale se situe ailleurs : dans la capacité des autorités centrales de faire sentir aux gens qu’elles s’occupent d’eux. Et en ce sens, on m’a dit que 50 % du plan de relance gouvernemental servirait à améliorer les services sociaux comme la couverture santé, les hôpitaux, l’éducation, etc.

Propos recueillis par Tristan de Bourbon.

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