retour à la table des matières — à l’index

L’exclusion des hommes journalistes

Dès le premier jour, un incident intervient : l’assemblée vote l’exclusion des journalistes de sexe masculin, prétextant la difficulté pour les femmes de témoigner devant des hommes sur des sujets aussi délicats que le viol, les mauvais traitements ou la prostitution. Brouhaha dans la salle de presse et aussi dans l’assemblée. Cet incident vient souligner ce qui avait déjà été sensible lors des journées préparatoires : l’organisation internationale américaine ne se situe pas sur la même longueur d’onde que le pays d’accueil et, faute de participation active des groupes féministes belges, il n’a pas été possible de s’insérer valablement dans cette organisation. La discrimination à l’égard des membres de la presse est particulièrement gênante lorsqu’on sait combien la presse belge a, depuis le début des années 70, relayé les événements et les actions féministes, souvent avec sympathie.

Le lendemain les organisatrices persistent et signent : l’expulsion des hommes s’étend aux conférences de presse quotidiennes afin, dit-on, de favoriser les femmes journalistes. Ces dernières réagissent en votant une motion, extrêmement critique vis-à-vis d’une décision qui « empêche les femmes d’accéder à une information la plus large possible et prive les hommes journalistes des sources d’information auxquelles les journalistes ont droit6 ». Il est même question de quitter le tribunal en guise de protestation.

Cependant des femmes sont venues de loin pour être entendues. Il faut que soient répercutés les témoignages qui vont suivre. Témoignages émouvants de femmes violées, excisées, prostituées, battues, torturées en prison. Le témoignage force le respect.

Durant ces quatre jours, les femmes se sentent unies dans la sororité mondiale qu’elles découvrent. C’est la première fois que les nouveaux mouvements féministes ont l’occasion de se rencontrer sur une pareille échelle et d’échanger leurs thèses. Dans chaque pays, les féministes vont propager et prolonger par l’action la dénonciation commencée ces jours-là.

Notes
6.
Le Soir des 7 et 8 mars 1976.