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Du personnel au politique

L’esprit et les thèmes de ce tribunal sont spécifiés : être une source d’information qui se transformera en groupe de pression. Choisir des cas frappants : violence physique, déni aux femmes du contrôle de leur corps, persécution des lesbiennes, ablation du clitoris, infibulation, vente de jeunes filles ou de femmes en prostitution ou en mariage, utilisation des femmes pour fabriquer de la pornographie4.

Des comités nationaux sont formés pour préparer la rencontre et chaque pays est invité à présenter deux crimes et à trouver des femmes acceptant de témoigner à ce sujet. Pour les organisatrices, partir des témoignages personnels permet de montrer « que les problèmes ne sont pas personnels, mais qu’ils sont provoqués par la société et largement partagés par les autres femmes et de passer ainsi de l’isolement à la solidarité, du désarroi à la colère5 ».

Les responsables du comité belge sont Lily Boeykens et Lydia Horton, fondatrice du WOE. Bruxelles est choisi pour son accessibilité et le Tribunal a lieu au Palais des Congrès du 4 au 8 mars 1976. Plus de 500 femmes venant de 29 pays y prennent part. Simone de Beauvoir envoie un message qui ouvre la séance.

Pour éviter la « politisation » qu’elles reprochent aux conférences internationales de l’année de la femme, les organisatrices ont demandé à toutes les participantes de signer une déclaration dans laquelle elles acceptent de centrer les débats sur la condition féminine « sans que cela ne soit compris comme un manque de préoccupation pour les autres opprimés du monde ». Sage précaution, rendue d’autant plus nécessaire que l’on n’a pas vraiment réussi à toucher les pays du tiers monde : seuls quatre d’entre eux sont représentés (Porto Rico, le Mexique, l’Inde, et l’Égypte), les autres femmes étant originaires des pays riches, dans lesquels s’est développée la nouvelle vague féministe.

Notes
4.
Diana E. H. Russel, dans « Les femmes et la politique », Les Cahiers du Grif, no 6, mars 1975.
5.
Lydia Horton, op. cit.