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Les débuts concrets

Pour donner une idée de la multiplicité des tâches à entreprendre et aussi de la détermination des entrepreneuses, voici les urgences notées dans le procès-verbal de la réunion du 24 juin 1974 : « Pour le restaurant : acheter un évier d’occasion, un chauffe-eau de même nature, obtenir tables et bancs de la commune. Ôter les affreux néons et penser aux jolis abat-jour qui font voir la vie en rose et rendent les femmes belles. Vider le plus vite possible ce qui encombre (si possible par la commune). Pour la garderie, chauler les murs des cours, y planter une petite forêt. Peindre les pièces en blanc. Lancer un appel de meubles, dans Vlan, par exemple : lits, tables et chaises d’enfant, jouets. Ceux-ci seront mis en état par l’atelier de menuiserie. »

Celles qui lancent les premiers projets, mais aussi des amies solidaires se rejoignent pour transformer une vilaine baraque en maison accueillante, disponible dès septembre 1974. « On peint. Tout le samedi, tout le dimanche. Des enfants du quartier aident les nôtres à se barbouiller de couleur. Une petite fille turque, le front ceint d’une coiffe austère, est perchée en haut de l’échelle. Elle peint en se mordant la langue. Sa sœur descend rapidement l’autre versant car elle a répandu vraiment trop de bleu sur sa jupe rouge. Marcel — un homme qui nous a aidées et que nous chasserons un soir8… »

Dans l’urgence et devant la difficulté de certains travaux, il est fait appel à quelques compagnons capables et dévoués. Tant que la maison est un chantier, il est normal que ceux-ci partagent le casse-croûte et dégustent une bière, accoudés au bar que Fanny et Marie ont déniché avec un tas de meubles à la communauté de la « Poudrière ». Vient le temps des choses sérieuses… et les responsables feront comprendre aux amis que leur place n’est désormais plus ici. Non pas pour des raisons idéologiques, mais parce que la non-mixité est, dans un premier temps, une condition nécessaire pour libérer la parole des femmes. Par la suite, la présence de femmes fragilisées par le problème qui les étreint va rendre évidente l’obligation de n’ouvrir la maison qu’aux femmes, sauf pour des conférences, des réunions où l’apport des uns et des autres enrichit le débat. Et quelques premières leçons de self-défense ou de plomberie notamment nécessitent la présence d’un homme compétent.

Notes
8.
Marie Denis, op. cit.