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Jour « F », jour sans fin

La veille au soir, les organisatrices s’interrogeaient dans l’angoisse et la fatigue : combien serons-nous ? Une petite centaine, ou davantage… Cinq cents… Mille ? Personne, même pour plaisanter, n’aurait osé dire huit mille femmes.

Les rangs sont encore clairsemés dans la grande salle lorsque quelques féministes émues ouvrent la séance en invitant au dialogue les femmes présentes. Celles-ci, impressionnées peut-être par la solennité des fauteuils rouges, ne prennent pas tout de suite la parole. Aussi, un homme bien intentionné se dévoue-t-il pour briser la glace. De la tribune, une femme lui lance : « Sois beau et tais-toi ! » Ce qui ne manque pas de faire des remous dans le public (et jusque dans la presse). L’intervenante adoucit son propos : « Les hommes parlent depuis des millénaires, laissez aujourd’hui les femmes s’exprimer : c’est leur journée ! » L’événement est tellement inhabituel qu’il faut bien en rappeler le bien-fondé. Certains se montrent solidaires de ce bref retournement de situation, à preuve : dans la crèche organisée dans une école toute proche par les Dolle Mina, ce sont des hommes qui prennent en charge la garde des enfants pendant toute la journée. Parmi ces gardiens improvisés, le ministre d’État Pierre Vermeylen, le professeur d’université Peter Piot, témoignant de leur adhésion à la cause des femmes.

S’informer, dire son opinion, crier, tempêter… Les thèmes sont proposés au départ d’un tableau vivant, d’un Opéra bof ! ou de sketches parmi lesquels : Femmes de quarante ans, L’histoire d’un emploi, Deux femmes écoutent la radio, Une journée comme les autres. Les femmes sont invitées à venir témoigner à la tribune.

Pour celles qui n’arrivent pas jusqu’au micro, et aussi bien pour toutes et tous : stands et éventaires de livres sont l’occasion de réagir et d’échanger ses impressions.

Dans le hall et sur les paliers, dans les moindres recoins, des groupes occupent une table et présentent leurs objectifs. On y retrouve le comité À travail égal, salaire égal, le Groupement belge de la Porte Ouverte, la Fraternité des veuves, les Women Overseas for Equality, Femmes et Hommes dans l’Église, Femmes dans la Résistance, le tout récent Infor-Femmes… Au stand « Travail des femmes », on distribue l’enquête sur la « condition des femmes salariées en Europe » que vient de réaliser Éliane Vogel-Polsky : « J’étais là. Souvenir de défoulement, contact, convivialité. C’était une fête3 ! »

Notes
3.
Interview, septembre 1991.