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Une déclaration commune

« Le but du féminisme est l’instauration d’une société véritablement humaine en vue de l’épanouissement de tous. » Les organisatrices sont unanimes sur ce point, quelle que soit leur sensibilité politique ou culturelle. Le programme des revendications est, légèrement remanié, celui du Petit Livre rouge des Femmes qui, au même moment, paraît simultanément dans les deux langues. Le texte en est remis sous forme de tract à la conférence de presse, dès le 10 octobre 1972. Le voici dans son intégralité :

« Ce que nous exigeons d’un État démocratique :

  1. Les mêmes chances données aux femmes et aux hommes dès le plus jeune âge. Cela suppose :
    • L’école mixte, tant pour les professeurs que pour les élèves.
    • Un enseignement qui comporte une nouvelle réflexion sur la société, son histoire, sa culture, ses modes de penser : notamment les rôles féminins et masculins, les modèles de comportement qui figent les femmes et les hommes en des rôles opposés et engendrent ainsi une sorte de racisme des sexes.
  2. La sexualité étant une des composantes de la vie doit être reconnue comme une activité normale. Cela veut dire :
    • Une éducation sans pudeur malsaine.
    • Une information systématique et complète à la contraception.
    • La vente libre des contraceptifs et leur remboursement par la sécurité sociale.
    • La création de centres de planning familial gratuits et en nombre suffisant, accessibles à tous.
    • L’avortement libre, remboursé par la sécurité sociale, réalisé dans un centre médical, sur simple demande de la femme.
    • Des sanctions contre les directions d’école qui se permettent de renvoyer une élève enceinte.
    • La suppression des discriminations — non seulement en droit mais en fait — envers les mères célibataires et les enfants naturels.
  3. Le mariage étant dans notre société une forme de vie commune, ceci requiert :
    • La suppression des discriminations entre les époux.
    • La suppression de la notion de « chef de famille », y compris dans les faits.
    • La suppression du principe du cumul des revenus des époux.
  4. Étant donné que les femmes fournissent le même travail que les hommes, nous exigeons :
    • À travail égal, salaire égal.
    • Les mêmes possibilités de travail pour les femmes que pour les hommes.
    • Les mêmes chances de promotion pour les hommes et les femmes.
    • La suppression de la discrimination — morale et financière — envers les femmes travailleuses (notamment en cas de grossesse).
    • Une solution immédiate et équitable du problème de l’emploi concernant les femmes et leur réintégration au travail.
  5. Une femme a droit à une vie épanouissante pour elle et ses enfants. Ce qui implique :
    • Une véritable sécurité d’emploi pour la future maman.
    • Le congé de maternité payé intégralement.
    • La création d’un fonds pour les parents, payé par les employeurs au prorata de leur personnel masculin et féminin.
    • Le développement du congé de paternité.
    • La formation d’aides familiaux tant masculins que féminins.
    • La création de crèches et de tout un réseau d’infrastructures : garderies d’enfants, restaurants, lavoirs, etc. au prix coûtant.
  6. Tout travailleur a droit à la sécurité sociale. Cela signifie :
    • La refonte des règlements sur la sécurité sociale qui tienne compte des cotisations apportées par chacun, y compris par les femmes mariées.
    • Une pension de vieillesse individuelle, qui ne soit pas basée sur la relation entre deux personnes.

En un mot, nous rappelons cette évidence : une femme vaut un homme. »