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Le jugement de la presse

Le livre est présenté à la presse en octobre 1972, peu avant l’annonce de la Journée « F ». Les articles font part des deux événements, l’un étant l’avant-goût de l’autre.

À la radio, les rédactrices ont l’occasion d’expliquer et de défendre tant le style que le contenu de la brochure.

Quant à la presse écrite, à part une longue interview dans Vlan (9-11-1972), elle exprime davantage un étonnement critique vis-à-vis de ce petit volume qui fait fi des normes et usages. Certains en épinglent à travers tout le solide bon sens, la description juste des situations, l’analyse de la société où le sexisme est une discrimination qui renforce les autres. Pour d’autres, le ton est bêtifiant, paternaliste : dire « tu » aux lectrices ! et manquant de la pudeur qui sied aux femmes.

Ces mises en garde sont balayées par le succès. Il n’en reste pas moins qu’on peut toujours faire mieux, que le militantisme s’exprime nécessairement de façon simplifiée. Le livre est un essai, dans tous les sens du mot. Il correspond à un moment de la pensée et du langage des femmes en colère.

Le Petit Livre rouge a réussi à créer un lien entre le malaise que les femmes avouent entre elles et l’expression qui en est donnée à travers les analyses et les livres militants. Parler vrai, parler sérieusement quand il le faut, ne négliger aucun aspect du vécu, rire tout en se fâchant, découvrir toute une pédagogie qui n’était nullement planifiée, mais naissait du projet lui-même : dire ce qui ne va pas pour les femmes. Se le dire l’une à l’autre, doucement mais fermement. Le faire savoir.