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La presse à l’affût de la nouveauté

La presse, la radio et la télévision ont joué un rôle important dans la diffusion des idées et des actions. Toujours à l’affût de la nouveauté, les journalistes répercutent volontiers les manifestations féministes. Leur côté festif et humoristique, d’inspiration soixante-huitarde, en font des spectacles de choix. Avec le risque inévitable de voir l’attention se focaliser sur l’anecdote et le public s’arrêter à la caricature.

Cependant, la presse a bien perçu l’impact qu’allait avoir le mouvement. En 1970, le Soir consacre plusieurs reportages aux féministes américaines et aux Dolle Mina hollandaises. Le Monde publie dès l’été 1970 un article sur les Dolle Mina belges. En novembre de la même année, le magazine Elle organise à Versailles les États généraux de la femme. Chahutées par le MLF, ces journées sont l’occasion d’un débat télévisé qui oppose l’ultra conservateur Jean Foyer à Françoise Giroud, qui deviendra en 1974, la première secrétaire d’État à la Condition féminine.

Femmes d’aujourd’hui, relayé par un magazine féminin de chacun des six pays de la CEE, lance une vaste enquête sur la condition des femmes salariées en Europe. L’initiative émane d’Éliane Vogel-Polsky, qui pensait au départ faire financer ce travail par la CEE. « Mais à l’époque il était impensable de demander de l’argent au gouvernement belge ou à la CEE pour réaliser une étude sur les femmes. Sur le conseil de Jacqueline Nonon22, je suis donc allée voir la directrice de Femmes d’aujourd’hui, Huguette Delfosse qui a tout de suite accepté : c’était l’occasion de montrer que son magazine s’intéressait à l’Europe et aux femmes qui travaillent. L’enquête a été menée en 1971 auprès de mille femmes dans chaque pays et les résultats ont été publiés simultanément le 4 et 11 octobre 1972, dans les différents journaux. Seize millions de lectrices étaient concernées23. »

Sujet de plaisanterie, le nouveau féminisme devient vite sujet de conversation et d’affrontement. Des articles s’efforcent d’expliquer le phénomène, de mettre les actions des féministes en rapport avec les divers aspects de la vie des femmes. Jamais on n’aura autant parlé d’elles… En novembre 1973, le Courrier hebdomadaire du Crisp présente les diverses associations féminines et féministes. En 1974 paraît un numéro spécial de La Revue nouvelle, réalisé à l’initiative d’Éliane Boucquey et de Marc Delepeleire, et tout entier consacré à « La naissance de la femme ». Le débat est présent aussi en télévision avec, par exemple, les deux émissions Objectif 72 réalisées en novembre 1972 par Marie-Anne Mengeot.

Par ailleurs, le mouvement des femmes suscite dans certains magazines une véritable tempête. Contestation par les journalistes lassées de se limiter aux sujets dits féminins, hésitations de la direction soucieuse de garder son public… Bonne Soirée revoit son contenu… Mimo, l’équivalent flamand, va plus loin et adopte une ligne résolument féministe. Très traditionnel, le public ne suit pas et l’expérience est interrompue au grand dam des féministes flamandes.

Notes
22.
Alors chargée d’un rapport sur l’article 119 du traité de Rome à la CEE.
23.
Interview d’Éliane Vogel-Polsky, octobre 1991.