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À Bruxelles : le FLF

En cette année académique 1970-1971, l’ULB vit encore dans les spasmes de l’après 68. La fac est envahie d’affiches, des groupes se réunissent pour discuter, et le restaurant universitaire est le lieu d’un intense échange d’idées, de tracts et de publications.

Les étudiantes participent à ces réunions, comme elles ont pris part au mouvement de Mai 68, mais, pas plus qu’ailleurs, les femmes ne sont mises en vedette. À la Cité universitaire, des étudiantes se rassemblent. « Nous n’étions pas tellement préoccupées par l’avortement et la contraception, car il existait déjà un service d’information à l’université. Par contre, nous ressentions très clairement que notre avenir serait plus difficile que celui de nos copains étudiants. Dans la vie universitaire elle-même, les filles étaient peu présentes que ce soit dans les cercles facultaires ou au Libre Examen. Il y avait des tas d’endroits où les femmes n’apparaissaient pas10. »

Très vite le groupe décide de tenir un stand une fois par semaine au restaurant universitaire : avec l’aide de la librairie Joli Mai, elles y proposent les dernières publications étrangères concernant ce qu’on commence à appeler, non plus la condition féminine, mais la libération des femmes…

Contact est pris avec le Groupement belge de la Porte Ouverte, animé par Adèle Hauwel11. Un nom est trouvé : FLF, Front de Libération des Femmes, pour se distinguer du MLF français.

Au même moment, des affiches-chocs font leur apparition sur les murs de l’université. Sur l’une d’entre elles, une énorme paire de ciseaux avec ce simple slogan : « s’il ne vous fait pas jouir, amenez-le-nous ». Les affiches émanent de deux étudiantes américaines, tout à fait étrangères au FLF, mais la confusion est totale. Le FLF doit faire face à des réactions scandalisées et agressives.

Notes
10.
Interview de Danièle Colardyn, octobre 1991. Danièle Colardyn est expert auprès de l’OCDE.
11.
À partir de ce moment, Adèle Hauwel, médecin généraliste qu’une génération sépare des étudiantes de l’ULB, participe aux réunions du FLF. C’est chez elle que seront stencilés les premiers exemplaires du périodique Et ta sœur ?