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Dis Marie,
c’était comment rue du méridien 79 ?

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Le dernier livre de Marie Denis aux Éditions Voyelles : Dis Marie….

Photo : Pierre Cordier

Dis Marie, c'était comment rue du Méridien 79 ? Le titre du livre que vient de publier Marie Denis aux Éditions Voyelles amorce une conversation de deux cents pages. Une conversation qui ressemble d'ailleurs à un long monologue. Une conversation qui se nouerait dans le calme d'une pièce envahie par la nuit, lumière éteinte, entre une personne racontant tout haut une histoire qui lui tiendrait à cœur, et formulerait en même temps des interrogations sur le sens profond de son témoignage.

Nord Éclair

En écrivant Dis Marie, c'était comment rue du Méridien 79 ?, j'ai repris une distance : c'est un peu mon retrait par rapport au militantisme.

C'est relativement ambigu puisque je prenais des notes tout en participant à la création de « la maison des femmes » à la rue du Méridien. Je me suis emparée subjectivement d'une « chose collective ».

4 Millions 4

Marie Denis parle de la vie, des actions de la vie, si minuscules soient-elles, si quotidiennes, comme d'un enfantement, une naissance continuelle. Un devenir permanent. Ne devons-nous pas toujours naître à nous-mêmes dans chaque acte, dans chaque instant de notre vie ? La femme n'entreprend-elle pas ses pensées, ses actions comme une sorte d'enfantement ?

Le Jour

C'est qu'il existe en définitive trois sortes de livres : ceux qu'on n'aime pas et qu'on ignore ; ceux qu'on aime et dont la critique est aisée ; et ceux comme celui-ci : qu'on aime et dont il est difficile de parler.

Difficile d'abord parce que ce n'est pas une œuvre banale et classifiable : ni un essai ni un roman, ni un panégyrique ni un réquisitoire, ni, ni, ni… Maintenant, on n'est pas obligé de tout classer. Autre difficulté : comment parler d'un livre à la fois souriant et grave sans verser dans la mièvrerie ou l'ironie ? Rude aussi d'écrire sur ce sujet à la fois important, sensible, mal compris.

La Revue nouvelle

Depuis le livre de Marie Denis, le féminisme est moins hermétique, il a pris figure humaine.

Sans doute parce qu'au lieu de nous présenter des idées, elle a parlé et fait parler des femmes, avec cette vérité de mots qu'on n'invente pas : « Des fois, dit Brigitte, je suis tellement envahie par l'existence des femmes qui viennent ici et qui me parlent parfois pendant des heures, que je n'arrive pas à m'endormir, je me tourne et je me retourne dans mon lit, j'ai de plus en plus froid, je dois me relever pour faire une tisane, je n'en peux plus. D'autres fois quand elles ne racontent que des choses insignifiantes, à quatre ou cinq autour de la table, je trouve ça aussi atroce. »

Et Marie peint. « La couleur de chacune, la silhouette de chaque femme, depuis les cheveux jusqu'aux souliers, lorsqu'elle s'encadre dans la porte et qu'elle ôte son bonnet, sa veste ou son châle. »

La Libre Belgique
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