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Lors d’une tournée en Tchécoslovaquie en 1957, Simone Signoret n’a pas compris le tragique appel que lui lançait sa cousine de Bratislava. Des années plus tard, elle saisit l’occasion de traduire le récit de ces années tragiques, que lui envoie Jo Langer.
Jo Langer est mariée avec un communiste convaincu, membre important du parti. Trop honnête sans doute, il est arrêté avec une série d’autres — dont le fameux London qui a écrit L’Aveu — sans raison ni explication. Il passera dix ans en prison, torturé plusieurs fois dans le but de lui faire dénoncer des camarades. Jo Langer raconte la façon dont l’un et l’autre ont vécu cette dramatique épreuve. Elle raconte leur mariage, né de l’accord des idées et finalement mal assorti. Mais l’amour, du moins la fidélité profonde, renaît devant tant d’injustice héroïquement supportée. Lui — et c’est ce qu’elle ne peut comprendre tout en admirant cette droiture excessive — restera fidèle à son idéal communiste. Elle, devenue paria du jour où son mari est arrêté, comprend l’étendue du désastre : quand règne la terreur, la plupart vous abandonnent, certains même vous accablent par lâcheté. Mais c’est alors aussi qu’on découvre les vrais amis. Souvent des femmes. Parce qu’elles comprennent ce que veut dire être seule avec deux enfants, chassée de son travail, de sa ville. Parce qu’elles sont moins la cible privilégiée de la police et que pour elles, ce qui compte avant tout, c’est la vie. Avec une autre déportée, elle s’étonne de ces époux qui sont « des moines, dit-elle, et s’ils avaient enfermé leur foi dans un monastère, il leur aurait été au moins interdit de se marier, d’avoir des enfants ! »
Un livre dur, et pourtant chaud. Aujourd’hui, Jo Langer est une grand-mère en exil. Elle se souvient des étés de sa jeunesse, des espoirs, des ambitions qu’elle avait. En Suède, l’été éclate aussi. En mai seulement. Et elle est une vieille femme.
Un livre atroce. On a beau avoir lu Soljenitsyne et les autres, on n’arrive pas à croire à tant d’horreur, tant de bêtise et tant de méchanceté : huit jours de cachot parce que, recevant sa première visite après plusieurs mois, il a touché la main de son bébé à travers le grillage ! Et ça ne se passe pas en Union Soviétique, ce pays dont nous nous habituons à penser qu’il est soumis au diable, mais en Tchécoslovaquie, le pays qui fut le plus démocratique de l’Europe avant 1940 ! Si c’est possible là, c’est possible partout ! Est-ce moins terrible en Argentine ? Est-ce que ça va arriver en Pologne ? Et pourquoi pas en Belgique ? Quel peuple est à l’abri ?
M.D.