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Littérature québécoise,

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C’était un plaisir à la Foire du livre de Bruxelles, de visiter le stand du Québec, tant de livres et d’éditeurs jeunes, tant de liberté et une confiance en soi qui nous manque singulièrement à nous, professionnels de la littérature et de l’édition belge.

Plusieurs femmes écrivains étaient venues présenter leurs livres. Poèmes de Francine Déry, pleins de chaleur et d’ironie. Mots qui se cognent et ainsi on peut tout dire, depuis l’ardeur du désir au féminin jusqu’au dégoût du sexe trop banal. Yolande Villemaire écrit La vie en prose, roman fleuve, immense dialogue de femmes goûtant à la vie qui les mord, et le parler se fait tendresse et ainsi les expériences qui écorchent deviennent drôleries.

La survie, de Suzanne Jacob, un recueil de nouvelles absolument remarquables. Petits tableaux d’une page ou deux, où la description apparemment neutre d’une femme se coiffant éveille un monde de sensations d’autant plus fortes que la femme est supposée ne pas les éprouver : « Cette femme n’est plongée dans nulle profonde rêverie. Elle n’éprouve aucune nostalgie, son visage n’est ni tendre, ni sévère, ni triste, ni souriant ». Ou bien l’histoire de la petite fille très patiente : « Ce n’est pas l’heure de la sieste. Ni l’heure de la collation, ni l’heure du souper. C’est une heure de rien. La petite fille patiente est assise dans l’heure du rien. Elle patiente. » Ou l’homme qui décide de ne plus quitter la cave. La jeune femme qui habite un sous-sol et rêve d’être riche. Une façon de raconter si retenue qu’elle en devient poignantes. On n’oubliera jamais la petite fille qui donnait des fraises à sa mère dans l’espoir de la faire sortir de sa dépression : « Je me répétais ça. Splendides, splendides. C’est le genre de mots qu’elle emploie pour des fraises ou pour les cailloux qu’elle trouve dans la cour parfois. C’est un mot qui lui erre dans la bouche à propos de rien et qui est fait pour se débarrasser de ce qu’on n’a pas, de ce qui manque vraiment alors que ça pourrait être ».

M.D.

Ces livres sont distribués en Belgique par l’Agence centrale du livre, 1a rue des Deux-Gares, 1070 Bruxelles.
Un train bulgare, En beau fusil, de Francine Déry, aux Éditions du Noroît à Saint-Lambert, Québec.
La vie en prose, de Yolande Villemaire, éd. Les Herbes Rouges à Montréal.
La survie et Poèmes I, aux éditions Le Biocreux à Saint-Lambert.
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