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le dire
La double alliance

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Assise dans le métro, une femme blonde, qui marque à peine la cinquantaine. Un imperméable, un chemisier, le teint clair et pas de maquillage, juste les yeux un tout petit peu, une secrétaire sans doute.

Fatiguée de sa journée, la tête appuyée au coussin, les paupières presque fermées, les mains posées sur les genoux. Au doigt gauche, une double alliance, signe de veuvage qu’on ne voit plus dans la ville, signe de fidélité solitaire et volontaire, cette femme comme une île dans le métro urbain.

Sa tête se tourne vers la fenêtre aveugle et l’on peut voir, au lobe de son oreille, un petit pli qui est la cicatrice allongée de l’oreille percée. Maintenant, c’est visible aux deux oreilles, une ouverture ancienne, inutilisée, qui disparaît dans un creux qui se plisse. Une femme toute présente néanmoins à la modernité de la ville, une secrétaire, ponctuelle et douce. Une veuve aux plis secrets qui se referment doucement, pétale sur pétale, dans un choix consenti qu’affirme la double alliance comme une porte à double tour.

M.D.

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