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ici et ailleurs
Soleil de septembre

Voyelles, no 12, octobre 80, page 86

Les événements de Pologne.

Un exemple, un espoir pour le monde entier. Là, les ouvriers sont unis et forts. Là, ils savent ce qu’ils veulent. Leur chef est l’un des leurs. Un homme qui voit clair. Qui parle avec autorité et mesure. Et qui sait s’imposer.

Cela existe donc encore Il y a encore des hommes dans le monde. Le monde est vivant. Des libertés s’obtiennent. Cette victoire, nous en sommes fiers comme si elle était nôtre. Mais nous, nous n’avons pas besoin de nous battre. La liberté, nous l’avons. De la viande et des appartements, nous avons ! Nous avons des syndicats. Toutes les richesses matérielles et toute la démocratie nous avons. Et pourtant, nous nous sentons pauvres, pauvres… Démunis, terriblement.

En Pologne, c’est un soulèvement calme, qui se propage de proche en proche. Du moins c’est ce qui nous semble, à travers les communiqués et les commentaires de la presse. Ils nous étonnent aussi les Polonais. Quand on les voit, à la télévision, rassemblés à plus de 100 000 pour fêter la Vierge, le 15 août, on se dit « est-ce possible ? » Le commentateur interroge une femme qui achève le parcours à genoux parmi d’autres pèlerins. « Je fais ça pour que la Vierge m’obtienne un appartement, je trouve qu’à mon âge on a le droit de dormir seule ». Désir, prière, volonté, courage. Tout se mêle, tout est présent. Avec force et union. Du moins, ça nous semble. Et nous avons tellement besoin de croire à quelque chose, à des gens qui vont jusqu’au bout de quelque chose.

Quand on tourne les pages du journal

Il vient toujours un moment ou l’on tombe sur la nécrologie. J’essaie de passer outre. En même temps une curiosité bizarre me retient. Le philosophe Edgar Morin prétend que c’est une lecture apaisante : une fois les morts repérés, catalogués, on vit plus à l’aise.

Si un nom m’accroche, je suis perdue, je lis au-dessus, je lis en-dessous, je lis tout. Je me réjouis des morts très âgés (non pas que je leur envie leur longue vieillesse, mais cela me laisse du répit). Je panique devant ceux qui ont plus ou moins mon âge : il n’y en a pas si peu. Je pleure avec les parents des jeunes, je me représente l’accident, la longue maladie.

Finalement, je tourne la page et, pour pouvoir m’endormir, je nomme mes petits-enfants, ceux qui commencent à marcher, celle qui vient de se lancer à vélo, celui qui a percé sa première dent et celle qui vient d’arracher elle-même sa dent de lait… Cela aussi on devrait l’’annoncer dans le journal.

Quinze ministres pour l’émancipation de la femme

titre La Libre Belgique, du samedi 13 septembre. (Émanciper veut dire affranchir). Comme premier point de cet affranchissement, elle cite : « l’aménagement du temps de travail, c’est-à-dire le travail à mi-temps, les mesures pour concilier la profession et la vie de famille ». Pour inventer quelque chose d’aussi original, d’aussi libre, d’aussi novateur… cela vaut la peine de réfléchir à quinze. (Dont quatre femmes, les seules à être membres du gouvernement.) Il paraît qu’ainsi les choses iront plus vite. Dès qu’une idée aura été trouvée, tous auront à cœur de réaliser la part qui incombe à leur département…

Marie Denis