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À l’occasion du cent cinquantenaire de la Belgique, fêtes et mémoires se succèdent. Les éditions Duculot publient deux documents, aussi intéressants que faciles à lire sur la famille régnante à l’époque. Dans Léopold II, le royaume et l’empire, Barbara Emerson fait un portrait plein de finesse d’un homme séduisant et odieux, qui a fait, apprenions-nous à l’école, la grandeur et la prospérité de la Belgique, mais à quel prix !
Irmgard Schiel raconte l’histoire de Stéphanie, princesse héritière dans l’ombre de Mayerling. On y retrouve les mêmes personnages, familles royales et impériales, où la violence et la faiblesse des caractères s’allie aux responsabilités et aux décisions les plus lourdes. Mais il est sidérant de voir vivre ces familles, petites bourgeoises dans leurs goûts et leurs jugements, mais capables de supporter dignement l’adversité. L’étiquette tient souvent lieu de morale, les passions sont latentes, parfois déchaînées. Des familles comme les autres finalement, à cette différence : leurs faits et gestes sont connus, commentés dans la gazette, comme on le fait aujourd’hui des vedettes de cinéma.
Barbara Emerson fait une véritable analyse du long règne de Léopold II, l’homme des grands desseins et des petits calculs. Chez Irmgard Schiel, nous lisons une chronique de la famille impériale, une version réaliste du suicide de l’archiduc Rodolphe, un portrait compréhensif de la fille de Léopold II, mariée à 17 ans et nullement préparée à la vie difficile qui serait la sienne.
Le plaisir de lecture vient-il du fait que les auteurs sont des femmes ? Il me semble qu’on peut, sans être partisane, affirmer que l’Histoire étudiée et racontée par des femmes prend un caractère concret et plausible, plus psychologique et dans cette mesure plus réel, plus proche de la vie vécue à travers ses méandres et ses contradictions.
Nous ne dirions pas la même chose de la pièce que Hugo Claus a consacrée à Léopold II et qui fut jouée à Bruxelles dans la cour de la caserne des Grenadiers et prenant pour décor le monument aux morts de la guerre, du 3 au 29 juin 1980. Bien qu’adaptation et mise en scène soient le fait de deux femmes : Marie Hooghe et Martine Wijckaert, la pièce est trop caricaturale pour créer l’adhésion. Ou alors, elle eut dû être drôle, mais l’acteur jouait dramatique et criait. Le décor était saisissant, les masques merveilleux. Il faisait froid, il pleuvait.
M.D.