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le dire
Le jeu de l’oie

Voyelles, no 8, avril 80, page 51

Je leur ai acheté un jeu de l’oie. Il est temps de se mettre aux jeux de société, ai-je pensé, plutôt que de les laisser lâchement devant la télévision.

Le carton est joliment dessiné, genre naïf moderne. Il rappelle pourtant le vieux jeu allemand et la bête petite oie de mon enfance.

Eh bien ! ce jeu ne les amuse pas du tout. J’ai eu le sentiment qu’elles jouaient pour faire plaisir à grand-mère. Et je me suis rappelé que moi aussi je jouais pour faire plaisir à grand-mère. Étonnée qu’elle aime ça. Jeter le dé, avancer une petite oie, reculer suivant les règles, perdre ou gagner suivant la chance… Cela donne plus envie de pleurer que de rire.

Peut-être les jeux de chance sont-ils des jeux d’adultes ? Il y faut le fatalisme des gens désabusés ? Ou alors pouvoir tricher. Je me suis demandé si la façon de jeter le dé, de profiter de son poids, ne pourrait jouer en ma faveur. Sinon, vraiment le jeu est sans intérêt et je comprends que les enfants lui préfèrent la télévision. Même les vieillards lui préfèrent la télévision ! Les jeux de hasard, c’est bon pour les gens qui ne croient plus à rien, qui n’ont plus la moindre lueur d’espoir. Reste le dé et son 6 ; votre plus grande chance, et sa diagonale du 3 : une demi chance. Dès la partie finie, nous avons joué Docteur. Un vieux jeu, lui aussi.

M.D.