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théâtre
Le jour et la nuit

Voyelles, no 5, janvier 80, page 11

À Paris, en décembre, j’ai vu deux spectacles aussi différents que le jour et la nuit. D’abord, les trois Jeanne dans Je te le dis, Jeanne, c’est pas une vie la vie qu’on vit (au théâtre Fontaine). Ce sont un peu toutes les rengaines du féminisme, mais dites et mimées avec un tel entrain, avec tant de drôlerie, qu’on se sent emportée dans le tourbillon de confidences qui, d’une Jeanne à l’autre, racontent les étonnements renouvelés que nous procurent les hommes, « quand on y pense, Jeanne, mais est-ce que tu te rends compte ? » Les Jules des Jeanne, eh bien ce sont les hommes et leurs petites vantardises : « moi, payer au bordel ? jamais ! moi, elle m’aime, la fille », leur distraction proverbiale : « je veux bien faire la vaisselle, chérie mais où as-tu mis l’évier », etc. O ! Jeanne ! Quelles bonnes Jeanne vous faites !

Le lendemain, au théâtre de l’Œuvre, Un habit pour l’hiver de Claude Rich. Trois hommes, les trois meilleurs acteurs de Paris : Claude Rich, Georges Wilson, Claude Piéplu. Ce dernier surtout un peu cloche. On rit et on est ému en même temps. De vrais dialogues d’hommes, pleins de retenues. Une sorte de gêne qui est en même temps une fraternité. Des hommes aujourd’hui, pas sûrs d’eux, sauf en rêve. La vie est plutôt manquée, mais qu’aurait-on pu espérer ?

Deux spectacles pas du tout comparables, si ce n’est parce qu’il y a trois femmes. Tandis que celles-ci sont endiablées, assez drôles, sûres d’elles, animées d’un élan communicatif, les trois hommes expriment un déclin qui les étonne mais que finalement ils acceptent. À l’infortune ils répondent par une immense patience. Les Jeanne, elles, s’amusent.

M.D.