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économie
Énergie quand tu nous tiens…

Voyelles, no 1, septembre 79, page 64

Tout a commencé avec la prise de conscience, par le Venezuela et les pays arabes, du pillage de leur sous-sol au profit des pays riches.

En relevant à plusieurs le prix du pétrole, ces pays ont d’abord affirmé, comme n’importe quel autre gouvernement l’aurait fait, que leur peuple avait droit à ses propres richesses ; ils ont cherché ensuite à étaler sur une plus longue période la vente de l’or noir, reculant ainsi l’épuisement des gisements et prolongeant le gain qu’ils pourront en retirer.

Ce n’est pas à nous de juger de l’usage que tel émir arabe fait des devises que le pétrole rapporte à son pays. Bien sûr, il serait plus équitable et il nous plairait davantage que ces richesses servent le peuple plutôt que son chef. À cet égard, l’Occident n’a de leçon à donner à personne. Même si aujourd’hui nos richesses sont quelque peu redistribuées, qu’en était-il encore au siècle dernier ?

Nous voici donc tributaires d’une énergie coûteuse, alors qu’il y a dix ans l’énergie paraissait aussi naturelle, aussi inépuisable, aussi libre que la pluie, le vent ou le soleil ! De ceux-ci, dons gratuits du ciel, il est question précisément de tirer des énergies nouvelles. Énergies douces, les appelle-t-on, en opposition avec l’énergie effrayante, celle qui est par la fission de l’atome.

Actuellement l’énergie nucléaire est bien plus utilisée que ne le seront avant longtemps les éoliennes et les chauffages solaires. Quant à l’eau, (cette source d’énergie utilisée empiriquement de longue date : les beaux moulins à eau des lentes rivières ! industriellement aussi : les barrages hydroélectriques) quant à l’eau si abondante qu’elle couvre les deux tiers de la planète, il semble que nous allons bientôt en manquer. Pollution des rivières, réchauffement des mers, pétrole répandu par les bateaux imprudents, puis qui giclent sur l’océan. L’eau meurt.

Le pétrole demeure la principale source d’énergie. Ça et là, des charbonnages sont remis en activité, mais sans y croire, dirait-on. Là aussi, les gouvernements et les industriels ont agi sans réfléchir. Le nucléaire est l’espoir des compagnies d’électricité qui le vantent, avec un peu moins d’assurance toutefois depuis les accidents survenus ici et là. Son coût reste élevé, la sécurité prévue ne tient pas ses promesses. L’énergie principale reste le pétrole. Payé à la source par les compagnies pétrolières, revendu sur un marché mal contrôlé, il est facturé à chacun d’entre nous en fin de course. Encore ne payerions-nous chacun que le coût de notre utilisation, ce serait plus ou moins acceptable ! Autant pour mon essence, autant pour mon mazout. Il ne s’agit pas seulement de cela. Sur ces produits, l’État prélève une taxe importante.

Pour parer à l’énorme déficit budgétaire, le gouvernement a choisi d’augmenter de 1 F la taxe sur l’essence (indépendamment des augmentation dues à son coût). Est-ce pour nous forcer à faire des économies sur ce moyen de transport ? S’il en était ainsi, le bénéfice qu’il en escompte : 4 milliards, ne serait pas atteint. Il semble d’ailleurs que le gouvernement, tout en prêchant les économies, souhaite nous voir dépenser plus d’essence, puisqu’il relève de 12 % le prix du billet de train. Or, le train coûte actuellement presque aussi cher que la voiture (si l’on fait le compte du porte-à-porte : autobus + train + métro + métro, par exemple).

Moins circuler ? La chose ne serait pas mauvaise en soi et il est des jours où nous y aspirons. Il faudrait d’abord en organiser la possibilité. Qui peut aujourd’hui franchir à pied la distance de son domicile à son travail ? Qui jusqu’à l’école ? Acheter dans les magasins de quartier, le morceau de viande y coûte encore quatre litres d’essence en plus que dans les magasins à grande surface ? Et le dentiste ? la grand-mère dans son home ? la mer ? Nos enfants ne verront plus la mer ?

Programmées pour septembre, les mesures gouvernementales d’économie budgétaire seront pénibles. Et nous nous posons des questions. L’abonnement scolaire sera-t-il augmenté aussi ? Les prix des cahiers et des crayons fabriqués au pétrole ? Les souliers ? Qu’au moins on réduise le prix des semelles, si on veut vraiment nous mettre à pied !

M.D.

100 Francs d’essence
= 39 F de carburant
= 61 F de TAXE