Dominique Meeùs
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Villes neutres en carbone

La neutralité en carbone voudrait dire, pour une certaine entité (industrie, ville, pays…) un bilan nul en rejet de CO2. (On compte parfois en équivalent carbone des rejets d’autres gaz à effet de serre, comme les fuites de méthane.) Il s’agit donc d’abord d’en rejeter aussi peu que possible et ensuite de recapturer ce qui reste de rejet. Malheureusement, certains admettent, dans la définition de neutralité en carbone, non pas une recapture réelle et dans l’entité considérée, donc non pas un bilan matériellement nul de l’entité, mais l’une ou l’autre forme de compensation20. Il faut donc, pour chaque revendication ou annonce, projet de neutralité en carbone, examiner dans le cas concret les chapitres du bilan pour savoir s’il s’agit de neutralité réelle ou de neutralité « sur papier ». Je n’appellerais pas neutre en carbone, une ville qui achète un morceau de forêt africaine pour mettre à son bilan l’absorption de CO2 par la végétation.

La ville est un niveau intéressant de mobilisation et de réalisation d’efforts pour le climat : économies d’énergie, construction de logements sociaux économes en énergie, chauffage urbain, transport en commun urbain électrique… Et de fait certaines villes font des efforts méritoires dans ce sens. Cependant, faire face aux problèmes de fluctuation de certaines sources d’énergie comme la lumière et le vent, même si on ne peut pas encore vraiment le faire, on sait comment le faire et on sait donc en tout cas que cela dépasse les possibilités d’une ville.

Une source d’électricité sans carbone à la portée d’une ville, c’est une centrale nucléaire. Une centrale de 1 GW électrique nominal fournit environ 8 TWh par an, ce qui correspond à la demande d’une ville moyennement grande comme Munich. Pour les plus grandes villes (Londres, Paris et beaucoup d’autres), il en faudrait donc plusieurs, tandis que des villes moins grandes pourraient de partager une centrale de cet ordre située entre elles. Pour toutes les villes (et pour certains pays), il faut examiner la piste relativement récente des petits réacteurs modulaires.

Donc la multiplication d’initiatives (autres que nucléaires) au niveau des villes ne va jamais conduire à résoudre le problème du climat. Ce sont des pas en avant, mais il faut se garder de l’extrapolation abusive que la somme de ces petits pas peut donner une solution complète. Si on recourt principalement à des sources fluctuantes, la solution à ce problème ne peut être trouvée que dans une réorganisation profonde de la société à l’échelle d’un pays ou plus probablement d’un continent.

Bref, les villes peuvent et doivent faire quelque chose face à la menace climatique en général, réduire du mieux possible les rejets de CO2 de différentes origines, mais que les villes pourraient arriver, de manière indépendante, à partir de sources renouvelables21, à la neutralité quant à l’électricité, c’est pour moi, de manière évidente, une illusion. Est-ce que je me trompe ? Copenhague prétend y arriver demain. Il faut encore que je trouve un résumé lisible, mais suffisamment concret, de ce plan.

Or, les rejets de CO2, ce n’est pas que la production d’électricité. Une ville est une entité complexe, qui rejette du CO2 de cent manières et peu de villes ont en leur sein ou en bordure une grande forêt qui en absorbe beaucoup. Une ville neutre en carbone, c’est une ville qui interdit toute circulation électrique autre qu’électrique, c’est une ville qui n’a aucune industrie ou qui a réussi à reconvertir tous les procédés industriels classiques.

Une ville peut-elle cuire toute ses briques dans des fours électriques ? Une ville peut-elle toute seule trouver, avant tout le monde, le moyen de faire du ciment « vert » ou se passer de ciment et de béton ? Une ville neutre en carbone est-elle une ville où toutes les constructions sont en bois ?

La neutralité en carbone d’une entité suppose qu’elle ne fasse entrer de l’extérieur que des fournitures neutres en carbone, où qu’ayant réussi à calculer ce que ça représente en rejet de CO2, elle en recapture autant. Mais elle une ville ne peut pas recapturer du CO2 aux antipodes.

Sans doute un certain nombre de questions que je pose, un certain nombre de choses que je crois impossibles ont en fait reçu une réponse que je dois encore trouver. Je reste cependant convaincu que la ville neutre en carbone est un bel idéal à poursuivre, mais pas un objectif concret réalisable.

Notes
20
Dans la page Wikipedia Carbon neutrality, on renvoie à la page plus inquiétante de Carbon offset.
21
[Ici, nucléaire ?]