Dominique Meeùs
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Toute conversion d’énergie d’une forme à une autre s’accompagne de pertes. Par exemple, Une turbine à gaz impose de comprimer le mélange air-gaz. Une partie de l’énergie contenue dans le gaz va donc à la compression. Une autre partie est perdue sous forme de chaleur. On obtient donc en énergie mécanique de rotation de la turbine moins que l’énergie de la combustion du méthane. On appelle rendement le rapport de l’énergie utile obtenue, à l’énergie fournie. C’est un terme imprécis en ce qu’il dépend du contexte ou de l’intention (énergie « utile » en sortie). Consultez des gens plus compétents que moi. Il faut distinguer les rendements théoriques ou expérimentaux des rendements industriels effectifs. Comme nous nous intéressons aux problèmes de l’énergie à l’échelle de la société, le plus intéressant serait de prendre des statistiques effectives d’énergie entrante et sortante d’installations industrielles existantes.
On peut parler du rendement d’une conversion particulière ou du rendement d’une filière. Pour l’électricité, on couple la turbine à gaz à un alternateur qui a lui-même de petites pertes thermiques par frottement : on en tire un peu moins d’électricité que l’énergie mécanique de rotation fournie. Le rendement de la production d’électricité à partir de gaz naturel par un groupe turbine-alternateur est le produit du rendement de la turbine par le rendement de l’alternateur. Le rendement du stockage de l’électricité en énergie potentielle communiquée à de l’eau, c’est le rendement combiné (le produit des rendements) des deux opérations : pompage à partir de l’électricité ; la production hydroélectrique qui restitue l’électricité. Si on décompose en deux les deux groupes, c’est même le produit de quatre rendements : moteur, pompe ; turbine, alternateur.
On lit parfois, ou on entend dire, que le rendement des énergies « renouvelables » est de 100 % ou presque. C’est une convention comptable, mais une absurdité physique. Comme le vent ou la lumière sont une énergie primaire gratuite, on ne prend pas la peine de la comptabiliser. Ce serait un travail difficile de calculer constamment l’énergie du vent qui rencontre les éoliennes, et un travail peu utile puisque c’est gratuit. S’il faut cependant faire, par exemple pour un pays, le compte de sa dépense d’énergie primaire, on prend conventionnellement, pour l’éolien et le photovoltaïque, l’énergie de l’électricité en sortie. Le rendement étant le rapport de l’énergie en sortie à l’énergie primaire, si on identifie par convention l’énergie primaire à l’énergie en sortie, le rendement est bien sûr de 100 %, mais ça n’a aucune signification physique. En fait le rendement d’une éolienne est aussi mauvais que celui de machines thermiques et le rendement du photovoltaïque est plus mauvais encore.
Si on a un réservoir bas et un réservoir haut, une installation hydroélectrique permet de stocker de l’électricité par pompage d’eau. Le rendement d’une turbine Francis est supérieur à 90 %. Le rendement d’une machine électrique est très élevé aussi. Selon l’Energy Storage Association (ESA), le rendement du stockage pourrait dépasser 80 %.
À partir d’électricité, on peut tirer de l’hydrogène par électrolyse de l’eau. De l’hydrogène, on peut récupérer de l’électricité dans des cellules à combustible ou des turbines à gaz. Le rendement de l’électrolyse est de 65 à 70 %. Le rendement des cellules est de 50 % et le rendement des turbines peut atteindre 60 % si ce sont des unités à cycle combiné (ESA, Hydrogen Energy Storage). Le rendement du stockage est donné par le produit, donc de 30 à 40 % ce qui est très mauvais pour du stockage. Par contre, on imagine pouvoir stocker des quantités de l’ordre de 100 GWh dans des cavernes étanches. En quantité, c’est beaucoup meilleur que le pompage d’eau, mais il faut payer le prix de l’énorme perte d’énergie.
Par rapport à l’énergie du vent qui traverse le disque balayé par une éolienne, le rendement serait de 20 (petites éoliennes) à 35 %. Il y une limite théorique (environ 59 %) donnée par le théorème de Betz. (Selon « Le rendement des éoliennes » du site energieplus-lesite.be.)
Le rendement d’un panneau est légèrement inférieur à celui des cellules qui le constituent. Le rendement diminue avec l’âge. Il diminue avec la température. La puissance des panneaux est basée sur un ensoleillement de 1 000 W/m². Une puissance de 100 à 200 W/m² représente donc un rendement de 10 à 20 %. (Selon Wikipédia.)
Une source d’énergie peut ne pas être disponible tout le temps (intermittence du vent, du rayonnement solaire), ou bien l’équipement (pannes, maintenance). On appelle facteur de charge le rapport de l’énergie obtenue effectivement au bout d’un an à l’énergie qu’on obtiendrait si l’équipement travaillait à sa puissance nominale pendant les 8 766 heures de l’année.
Le facteur de charge dépend à la fois de la disponibilité, de l’équipement (1) ou de la source (2), et de la demande (3), ce qui en fait un concept à la fois technique et économique. Ici aussi le plus intéressant est de voir la production annuelle effective d’installations industrielles existantes.
J’ai réuni quelques données sur les facteurs de charge (en comptant 8 766 heures par an).
| Lieu | année | puissance | réel | théor. | taux |
| Gravelines | 2006 | 5 400 MW | 38 TWh | 47 TWh | 81,12 % |
| Belgique | 2010 | 5 927 MW | 47,22 TWh | 51,96 TWh | 90,89 % |
| Lieu | année | puissance | réel | théor. | taux |
| Belgique | 2010 | 9 154 MW | 41,36 TWh | 80,24 TWh | 51,55 % |
Dans le cas de l’éolien, si aux indisponibilités générales on ajoute la variabilité du vent (vent nul ou trop faible, vent moyen, vent fort, vent trop fort), on aurait un facteur de charge de l’ordre de 0,2 à terre, nettement plus en mer. C’est un sujet très sensible et il est très difficile de trouver des informations fiables. Pour la Belgique, l’APERe (www.apere.org/index/node/135 en note) adopte comme unité l’heure équivalent (héq) de fonctionnement et « observe que le héq annuel des parcs éoliens terrestres en Belgique se situe généralement entre 1 500 et 2 800 heures, et en mer entre 2 800 et 3 800 heures par an ». En pourcentage de 8 766 heures, cela donne respectivement de 17,11 à 31,94 et de 31,94 à 43,35. Une bonne méthode est de noter des productions effectives de parcs éoliens sur des années.
Il faut remarquer que le facteur de charge dépend de la réalité de la puissance nominale prise en compte. Si le fabricant annonce comme 2 MW une éolienne de 2,5 MW bridée (volontairement plafonnée vers le haut) à 2 MW, elle donnera toujours 2 MW à vent fort, mais plus d’électricité à vent moyen (et donc plus sur l’année) qu’une vraie 2 MW ; le vendeur peut ainsi doper le facteur de charge « catalogue ». Ces difficultés sont signalées dans www.leseoliennes.be/economieolien/turbinecharge.htm.
| Lieu | année | puissance | réel | théor. | taux |
| Belgique | 2010 | 912 MW | 1,29 TWh | 7,99 TWh | 16,17 % |
| France | 2011 | 6 100 MW | 11,90 TWh | 53,47 TWh | 22,25 % |
| Texas | 2002 | 1 096 MW | 2,66 TWh | 9,61 TWh | 27,65 % |
| 2003 | 1 290 MW | 2,57 TWh | 11,31 TWh | 22,73 % | |
| 2004 | 1 290 MW | 3,14 TWh | 11,31 TWh | 27,75 % | |
| 2005 | 1 992 MW | 4,24 TWh | 17,46 TWh | 24,27 % | |
| 2006 | 2 736 MW | 6,67 TWh | 23,98 TWh | 27,81 % | |
| 2007 | 4 353 MW | 9,01 TWh | 38,16 TWh | 23,60 % | |
| 2008 | 7 113 MW | 16,23 TWh | 62,35 TWh | 26,02 % | |
| 2009 | 9 403 MW | 20,03 TWh | 82,43 TWh | 24,30 % | |
| 2010 | 10 089 MW | 26,25 TWh | 88,44 TWh | 29,68 % | |
| 2011 | 10 377 MW | 30,55 TWh | 90,96 TWh | 33,58 % | |
| 2012 | 12 212 MW | 31,86 TWh | 107,05 TWh | 29,76 % |
| Lieu | année | puissance | réel | théor. | taux |
| Belgique | 2010 | 904 MW | 0,56 TWh | 7,92 TWh | 7,07 % |
| France | 2011 | 1 679 MW | 1,80 TWh | 14,72 TWh | 12,23 % |