Dominique Meeùs
Dernière modification le
Bibliographie :
table des matières,
index des notions —
Retour à la page personnelle
Auteurs : A, B, C, D, E, F, G, H, I, J, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, U, V, W, X, Y, Z,
Auteur-œuvres : A, B, C, D, E, F, G, H, I, J, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, U, V, W, X, Y, Z,
Marxism and the Course of History, New Left Review, vol. I no. 147, 1984, p. 95-107.
Un certain marxisme soutenait que toutes les sociétés doivent inévitablement passer, dans l’ordre, par des stades identiques : communauté primitive, esclavage, féodalité, capitalisme, socialisme. Mais dans la seconde moitié du 20e siècle, de nombreux marxistes ont abandonné cette position dogmatique.
Mais différents critiques ont considéré alors que, sans ce déterminisme d’une histoire unilinéaire, le marxisme perdrait tout contenu. En particulier, il ne pourrait plus fonder l’annonce du socialisme.
Des marxistes ont voulu sauver le déterminisme. Ce doit être une des motivations de G. A. Cohen dans sa tentative de marxisme analytique (p. 96). Mais même Hobsbawm (1984) trouve qu’il faut en sauver quelque chose.
Ellen Meiksins Wood estime qu’on n’a rien perdu et qu’il n’y a donc rien à sauver.
It will be argued in what follows that […] there is no need to rescue the Marxist theoretical and political project from its loss of unilinearity. No rescue operation is required because no grievous injury has been sustained. On the contrary. In fact, the assumptions underlying both Hobsbawm’s unease and the very differently motivated triumph of the critics are profoundly questionable: that Marxism, for one reason or another, needs a (more or less) unilinear conception of history conceived as a universal pattern of systematic and constant growth of productive forces; and that the socialist project is deeply compromised by the failure of such a view, because on this conception of history depends the conviction that the inevitable rise of capitalism will prepare the ground for socialism with equal inevitability.
Le développement des forces productives sous le capitalisme est tout à fait spécifique au capitalisme, pas le moment capitaliste d’une tendance universelle, et cette spécificité est au cœur de l’œuvre de Marx. (P. 98, 99.) Quant à cette « tendance universelle », Marx souligne qu’il y eu dans l’histoire plus souvent stagnation. (P. 101.)
Des marxistes ont longtemps soutenu aussi que l’histoire obéissait à des lois, dont celle de la contradiction entre forces productives et rapports de production. Les forces productives se développant, il viendrait un moment où elles se trouvent à l’étroit dans les rapports de production existants et les feraient éclater, causant l’apparition de nouveaux rapports sociaux. On peut dire bien sûr qu’il faut un minimum de base matérielle aux rapports de production. En ce sens, les forces productives déterminent, non pas le cours de l’histoire, mais le possible. (P. 102.) Cette erreur déterministe vient du statut incorrect qu’on a conféré à la préface de 1859. Donner un tel poids à cette page, c’est en fait dévaluer toute l’œuvre à laquelle Marx a consacré sa vie. (P. 102.)
La contradiction entre forces productives et rapports sociaux peut jeter une lumière a posteriori sur des faits historiques. Le féodalisme se modernisant, les rapports sociaux, les relations entre les classes ont évolué, ce qui a eu pour conséquence de permettre, ultérieurement, le développement du capitalisme. « But we should not mistake the meaning of such retrospective formulations, in which historical consequences are described as if they were causes (p. 103). » (Comme exemple, personnellement je dirais que l’industrialisation de l’Angleterre au tournant des 18e et 19e siècles n’est pas la cause de la guerre civile au 17e siècle.) Ellen Meiksins Wood compare cette relation éclairante, mais inversée, non causale, à la phrase de Marx : « Human anatomy contains a key to the anatomy of the ape. » (Introduction of 1857, souvent publiée avec les Grundrisse.)