Dominique Meeùs
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Geoffrey de Ste Croix, The Class Struggle in the Ancient Greek World, 1989

Geoffrey de Ste Croix, The Class Struggle in the Ancient Greek World : from the Archaic Age to the Arab Conquests, Cornell University Press, Ithaca, NY , 1989, xii + 732 pages, ISBN : 0-8014-9597-0 ( 978-0-8014-9597-7).
Édition originale de 1981 (ISBN : 0-8014-1442-3), mais rééditée en paperback avec des corrections en 1989 (et republiée en 1998). Je ne sais pas l’importance de ces corrections, mais je considère donc l’exemplaire version 1998 sur lequel je travaille comme nouvelle édition, 1989, quant à son contenu. Il y a depuis une édition Verso 2025 (ISBN : 978-1-80429-855-8) et il y en a eu d’autres dans l’intervalle.
ix Preface

As far as I am aware, it is the first book in English, or in any other language I can read, which begins by explaining the central features of Marx’s historical method and defining the concepts and categories involved, and then proceeds to demonstrate how these instruments of analysis may be used in practice to explain the main events, processes, institutions and ideas that prevailed at various times over a long period of history — here, the thirteen or fourteen hundred years of my ‘ancient Greek world’.

P. ix

Le livre est tiré de trois cours donnés en février 1973 à l’université de Cambridge. Cependant, les commentaires qu’il a reçus sur le premier brouillon du livre lui ont fait juger que l’ignorance de la pensée de Marx chez les historiens de antiquité (en anglais du moins), l’obligeait à changer son plan.

Des livres qui ne l’ont pas aidé, ce sont ceux qui prétendent parler de la conception marxiste de l’histoire, mais sur un plan philosophique, sur des concepts abstraits et non sur les faits historiques. Des exemples typiques sont le livre de G. A. Cohen, Karl Marx’s Theory of History, A Defence et la brique en trois volumes de Leszek Kolakowski, Main Currents of Marxism: Its Rise, Growth and Dissolution (1978, https://en.wikipedia.org/wiki/Main_Currents_of_Marxism).

Marx et Engels ont défendu une approche matérialiste de l'histoire, mais ils ont peu écrit sur l'Antiquité. L'histoire, c'est d'abord ce qui s'est vraiment passé. Une science de l'histoire chercherait à comprendre, à expliquer le changement. Des affirmations comme « … luttes de classes. Homme libre et esclave, … » (Manifeste) doivent donc être confrontées aux faits. J'étais donc très content de découvrir d'innombrables livres de Moses Finley ainsi que le livre d'Austin et Vidal-Naquet, qui, enfin, se préoccupent des faits et, en particulier, de l'économie de l'Antiquité. Pour eux, contre Marx, les esclaves ne peuvent former une classe parce que trop disparates pour s'organiser, affectés à des tas de tâches différentes tandis que l'agriculture dans l'Antiquité reste surtout le fait de nombreux paysans. Il était donc crucial pour moi de découvrir G. E. M. de Ste Croix pour qui, oui, les esclaves forment bien une classe, produisant un surplus approprié par la classe des propriétaires riches (pas par tous les « hommes libres »).

C'est un livre très riche, en 550 pages de texte plus 200 de notes, index, bibliographie. Je ne peux tout résumer, mais je veux cependant me prémunir du « j'ai lu quelque chose là-dessus, mais où ? » Il faut donc bien que je note assez et surtout que j'indexe ce que je note pour pouvoir le retrouver plus tard.

1 Part One3 I
Introduction
3 (i) The plan of this book7 (ii) ‘The Ancient Greek World’: its extent in space and time9 (iii) Polis and chôra19 (iv) The relevance of Marx for the study of ancient history

Geoffrey de Ste Croix se déclare marxiste et entend utiliser en histoire des concepts de Marx, ce que peu font. Il mentionne cependant (page 23) le livre de Michel Austin et Pierre Vidal-Naquet, Economic and Social History of Ancient Greece : An Introduction (1977) où Austin parle de lutte de classes dans l’introduction. (Bien que Ste Croix ne soit pas d’accord avec ce qu’il en dit.)

Il commence par citer (page 22) un anthropologue de premier plan, Raymond Firth, sur la pertinence des concepts de Marx, trouvant que les historiens feraient bien de s’inspirer de ce que Firth en dit :

What Marx’s theories offer to social anthropology is a set of hypotheses about social relations and especially about social change. Marx’s insights — about the basic significance of economic factors, especially production relations; their relation to structures of power; the formation of classes and the opposition of their interests; the socially relative character of ideologies; the conditioning force of a system upon individual members of it — [these insights] embody propositions which must be taken for critical scrutiny into the body of our science. The theories of Marx should be put on a par with, say, those of Durkheim or Max Weber. Because they imply radical change they are more threatening.

Raymond Firth, « The sceptical anthropologist ? Social Anthropology and Marxist Views on Society », read 3 May 1972 as Inaugural Radcliffe-Brown Lecture in Social Anthropology, Proceedings of the British Academy 58 (1972) 177-213, repr. in Marxist Analyses and Social Anthropology, ed. Maurice Bloch (1975); also published separately.

Marx a écrit sa thèse sur Démocrite et Épicure et a continué à lire beaucoup. En particulier, il a beaucoup lu Aristote. Mais, note Ste Croix, page 24 : « I have not been able to discover any systematic study of Greek history by Marx after his student days, … » Il relève cependant (p. 24-25) une lettre à Engels (25-9-1857) où Marx voit dans les armées mercenaires de l’antiquité un des premiers exemples de travail salarié.

Contre l’accusation d’économisme chez Marx, Ste Croix (page 26) souligne que Marx et Engels admettent tout à fait dans l’histoire l’importance des idées et leur action en retour sur la base et il rappelle une série de lettres d’Engels (5-8-1890, 21-9-1890, 27-10-1890, 14-7-1893, 25-1-1894) où celui-ci fait le point sur cette question. Il n’y a (page 27) en fin de compte rien de déterministe dans la conception de l’histoire de Marx, bien qu’on puisse prévoir les attitudes des membres d’une classe. Quelqu’un qui a un haut revenu, aura plus probablement des idées de droite.

De Ste Croix fait alors le rapprochement avec Thucydide, qui invoque souvent une « nature humaine », mais pas comme un universel de l’espèce. Il veut dire par là une attitude type, parfois individuelle, plus souvent collective, un comportement attendu, lié au statut social. De Ste Croix rapproche ça alors d’une phrase de Marx dans le 18 Brumaire : « Les humains font leur propre histoire, mais… »

Sur les perspectives pour l’humanité, Ste Croix cite un passage du Livre III du Capital sur le règne de la nécessité et le règne de la liberté (Marx concluant sur le prérequis de réduire le temps de travail). Il cite aussi Engels dans la Sainte Famille , que ce sont les humains qui font l’histoire.

31 II
Class, Exploitation, and Class Struggle
31 (i) The nature of class society

S’agissant de la Grèce antique, certains, au nom du marxisme, ont écrit sur les classes des absurdités qui détournent les historiens du marxisme, en particulier l’invention, au mépris de toute réalité historique, d’une bourgeoisie capitaliste. Par exemple (p. 41), George Thomson1 parlant pour les sixième et cinquième siècles en Grèce d’une « merchant class » que Ste Croix juge totalement imaginaire. De Thomson aussi, il juge fantaisiste la description des pythagoriciens de Crotone comme « the new class of rich industrialists and merchants », lesquels « resembled Solon in being actively involved in the political struggle for the development of commodity production ». Du même tonneau, Margaret O. Wason pour qui, aux septième et sixième siècles dans la plupart des cités grecques, une « nouvelle classe bourgeoise » a accédé au pouvoir, définie comme « the class of merchants and artisans which challenged the power of the aristocracy ». Pour elle aussi, Cléon est « the leader of the Athenian workers »2.

42 (ii) ‘Class’, ‘exploitation’, and ‘the class struggle’ defined

G. E. M. de Ste Croix se déclare marxiste et s’étend longuement, de manière intéressante, sur les concepts de classe et de lutte de classes qu’il a mis dans le titre même du livre. Il souligne (bas de la page 43) que classe est un concept relationnel : les classes n’existent que dans leur relation mutuelle. Dans les sociétés autres que tout à fait primitives, une catégorie sociale accapare du surplus que produit un autre groupe. Cela constitue ces deux groupes en classes de fait, en soi, du fait de leur position dans la production, de leur possession ou non de moyens de production. On est alors en présence de classes même si l’une ou l’autre n’en a pas conscience, n’est pas organisée, n’est pas classe pour soi. De même, la lutte de classes existe d’abord de fait et est toujours présente. Quand bien même les exploités auraient intégré les règles de la société au point de céder leur surplus en trouvant ça normal et sans qu’on doive exercer sur eux une violence, le fait même de l’extorsion du surplus est une violence en soi. Si des gens peuvent survivre en travaillant quatre heures par jour, les en faire travailler dix pour vivre à leurs dépens, c’est une agression, c’est une atteinte à leur intégrité corporelle. Sous le capitalisme (où l'appropriation du surplus devient plus-value dans l'analyse de Marx), même dans des pays et des époques de peu de lutte de la part du prolétariat, même sans que le prolétariat ne mène de lutte de classes visible, il y a bien lutte de classes : celle que les capitalistes mènent à chaque instant contre le prolétariat. Il y a toujours lutte de classe même si elle ne se manifeste pas comme lutte politique. (Mais il y a généralement une politique qui favorise les exploiteurs.)

49 (iii) Exploitation and the class struggle

Il développe ici ce qu'il a dit déjà à la section (ii) qui précède. À propos de lutte de classes, on utilise parfois contradiction. Cela se trouve chez Lénine, chez Mao, mais rarement chez Marx. Il cite de Marx dans le Livre II du Capital, à propos du capitalisme moderne (industriel) : « Its existence implies the class antagonism between capitalists and wage labourers. » (MECW 36, p. 62.) Il déplore que Gegensatz, opposition, soit parfois traduit par contradiction en anglais.

69 (iv) Aristotle’s sociology of Greek politics81 (v) Alternatives to class (status etc.)98 (vi) Women
Notes
1.
De Ste Croix caractérise Thompson comme « essentially a literary scholar and not a historian in the proper sense ». Ici, Ste Croix donne comme référence George Thomson, Studies in Ancient Greek Society, II. The First Philosophers (1955) 249 ff., at 252.
2.
Margaret Ogilvie Wason, Class Struggles in Ancient Greece, V. Gollancz,1947, 82, 36 n. 1, 143 ; cf. 95, 96, 98, 99, 134, 144 etc. Je trouve par ailleurs une critique sévère de ce genre d’anachronisme de Margaret Wason (réalité du capitalisme collée sur le passé au mépris de toute réalité) par George Thomson (pas E. P. Thompson !), dans un Labour Monthly de 1947, no 7 (juillet), pages 223-224, en ligne : https://www.marxists.org/history/international/comintern/sections/britain/periodicals/labour_monthly/1947/07/1947-07-greece.htm. Je trouve la thèse de Margaret Ogilvie Wason, A study of the conditions which led to the Athenian and Spartan tyrannies, and the effect of those tyrannies on the foreign policy of other states, PhD thesis, University of Glasgow 1946, en https://theses.gla.ac.uk/83680/1/27929559.pdf.