Dominique Meeùs
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Naomi Schor, « This Essentialism Which Is Not One », 1994

Naomi Schor , This Essentialism Which Is Not One : Coming To Grips With Irigaray
In Carolyn Burke, Naomi Schor and Margaret Whitford (eds.) Engaging with Irigaray : Feminist Philosophy and Modern European Thought Columbia University Press , 1994, p. 57-78.

C’est, par le titre, le même article que Schor 1989. De la version Schor 1989, on trouve sur le site de Paris 8 une version en français, « Cet essentialisme qui n’ (en) est pas un », sans date (fichier PDF de 2010), traduite de l’américain par Jim Cohen. En parcourant rapidement des yeux la présente version de 1994 et la version française qui doit refléter celle de 1989, il me semble que le texte n’est pas modifié, mais seulement des notes de bas de page.

Lisant Saliha Boussedra (Boussedra 2024), je m’interrogeais sur l’essentialisme et je trouve dans cet article des pistes intéressantes.

essentialism is to feminism: the prime idiom of intellectual terrorism and the privileged instrument of political orthodoxy. Borrowed from the time-honored vocabulary of philosophy, the word essentialism has been endowed within the context of feminism with the power to reduce to silence, to excommunicate, to consign to oblivion. Essentialism in modern-day feminism is anathema.

Sous le I. page 2.

C’est ce que j’ai cherché à exprimer dans la recension de Boussedra 2024 en parlant de dialogue de sourds.

Naomi Schor (page 3) tire d’un dictionnaire que « essentialism is the belief that things have essences ». Mais ça ne me semble pas une conception philosophique tellement bizarre, plutôt une tautologie. Il me semble que, sans essence, il n’y aurait pas de choses autres que singulières, ce qui interdirait toute pensée. Elle insiste aussi sur la pluralité des essentialismes. (C’est son titre : This Essentialism Which Is Not One.) Quand dans Boussedra 2024, Saliha Boussedra dit que les féministes matérialistes s’opposent aux féministes essentialistes, je suis frappé de la différence de statut de ces appellations. L’expression « féministes matérialistes » est celle que des féministes ont choisi de se donner tandis que l’expression « féministes essentialistes » est plutôt de l’ordre du procès d’intention et de l’anathème pour le dire comme Naomi Schor.

Sous 1. The liberationist critique, Naomi Schor cite de Simone de Beauvoir la phrase fameuse : « on ne nait pas femme, on le devient ». Bien sûr, en écrivant le Deuxième sexe, Simone de Beauvoir admet qu’il y en a deux. Sa phrase a le caractère d’une provocation, pour redresser la barre tordue dans le mauvais sens. On nait, bien sûr, femme1, mais on a tendance à perdre de vue ce qui s’ajoute de culturel au sexe de la femme, ce pourquoi elle entreprend de « tordre la barre dans l’autre sens ».

By promoting an essential difference of woman grounded in the body, the argument runs, essentialism plays straight into the hands of the patriarchal order, which has traditionally invoked anatomical and physiological differences to legitimate the sociopolitical disempowerment of women. If women are to achieve equality, to become fully enfranchised persons, the manifold forms of exploitation and oppression to which they are subject, be they economic or political, must be carefully analyzed and tirelessly interrogated. Essentialist arguments that fail to take into account the role of society in producing women are brakes on the wheel of progress.

Pages 3-4.

Ici, on « qualifie » non pas l’essentialisme, mais un essentialisme unilatéral, qui néglige le culturel, le social.

Sous 4. The feminist critique, elle mentionne (page 4) la question de la diversité des femmes, question posée par « black, Chicana, lesbian, first and third world feminist thinkers and activists », qui dénoncent un faux universalisme. Mais les femmes qui s’expriment là, le font parce qu’elles sont toutes femmes et le font en tant que femmes et féministes. Cependant, elles minimisent leur être de « woman-as-different-from-man » en insistant sur « the notion of internally differentiated and historically instantiated women ». Ces différences sont certainement importantes et sans doute trop négligées, mais les faire passer avant le sexe, ça me semble absurde2.

Elle passe alors (page 5) aux deux positions exemplaires que sont Beauvoir et Irigaray. Elle mentionne à ce propos (page 7) l’expression « ultimate dialectic » d’Anthony Appiah3.

Elle souligne (pages 7-8) une sorte de contradiction pénible à la fin du Deuxième sexe. (Faut que je relise ça.) C’est le nœud de la dialectique entre ces positions. Elle donne de Tori Moi une citation qui est un exemple de ce qu’elle a appelé plus haut anathème.

Notes
1.
Les exceptions, ni tout à fait homme ni tout à fait femme, sont relativement rares : entre 1/1000 et 1/4500 selon https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK557435/.
2.
Si un tel jugement négatif est permis d’un vieux mâle blanc hétérosexuel.
3.
Cherchant qui c’est, je lis d’abord https://en.wikipedia.org/wiki/Kwame_Anthony_Appiah. Gougueulant l’expression « classic dialectic », je trouve (et j’enregistre en philosophie) https://blogs.law.columbia.edu/revolution1313/files/2022/01/Anthony-Appiah-The-Uncompleted-Argument-Du-Bois-and-the-Illusion-of-Race.pdf.