Le temps qu’il fait à Bruxelles   Le temps de Bruxelles :

Dominique Meeùs
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Yvonne Ledoux, Benoît Michiels, Yvan Mokan, Partisans au Pays noir, 1995

Yvonne Ledoux , Benoît Michiels , Yvan Mokan , Partisans au Pays noir, EPO asbl, Bruxelles , 1995, 221 pages, ISBN : 2-87262-102-4.
Préface de Jean Guy .

La vraie autrice du livre, ou du moins celle qui en a pris l’initiative et l’a menée à terme, c’est celle qui signe modestement (p. 15) une Introduction (p. 9), Marie Cottenier (alias Marie Louise « Wies » De Roeck).

Le livre se compose de trois parties, pour les trois auteurs. Toutes trois sont passionnantes. (1) On doit considérer que la partie d’Yvonne Ledoux (p. 23-97) est sans conteste principale. (2) La (courte) partie d’Ivan Mokran (p. 99-110) est sans conteste la plus extraordinaire parce qu’on en sait trop peu du passage chez nous (et de la libération par la résistance) des prisonniers soviétiques et de leur participation à la lutte armée dans la résistance. (3) Mais bien sûr, je suis très ému aussi par le long témoignage (p.111-218) de Benoît Michiels (1922-2000), qui m’a alors fait visiter le camp de Breendonck où il avait été prisonnier.

Mokran est de ceux qui, en 1941, en Union soviétique, ont avec courage freiné l’avance allemande, permettant à Moscou de se protéger et à l’URSS de déménager son industrie. C’est grâce à des gens comme Mokran que le commencement de la guerre allemande en Russie est devenu aussi le commencement de la fin, le commencement de sa défaite.

Il est fait prisonnier au stalag H304. Il fait la mauvaise tête, donc on l’affecte aux travaux lourds. On le fout dans un train.

Quand nous nous sommes enfin arrêtés, nous fûmes très étonnés. Les gens ne parlaient pas allemand. Ils nous regardaient avec compassion, ils nous lançaient du pain, des biscuits, des bonbons. Il apparut qu’on nous avait amenés en Belgique occupée, dans la province du Limbourg, au village de Zwartberg, dans le charbonnage du même nom.

Il est difficile d’exprimer ce que nous avons ressenti lors de la rencontre cordiale avec la population locale qui nous exprimait de la sympathie dans une langue incompréhensible. Mais par des gestes et des sourires, nous comprîmes que nous avions quelque chose de commun avec ce peuple. Comme l’avenir nous le montrera, nous ne nous étions pas trompés.

P. 104.

… on le fait évader…

Mon évasion était préparée dans tous les détails avec mes camarades belges : le jour, l’heure, le lieu de rencontre et le passeur à rencontrer.

À la mine, jadis, il était d’usage qu’après chaque pause, les mères, sœurs, fiancées viennent rechercher leurs maris, pères, fils. Ce jour du mois d’août 1943, une femme du nom de Sophie vint ainsi à ma rencontre. C’était la mère d’un mineur. Elle me fit sortir par un poste de police, de telle sorte que la police ne fit pas attention à nous. Elle m’emmena chez elle. Le jour suivant, tôt le matin, avec Roman, son fils cadet de quinze ans, nous avons pris le train de banlieue pour ouvriers qui conduisait les travailleurs de la première équipe. À Hasselt, nous avons pris un train ordinaire jusqu’à Liège et ensuite jusqu’à Charleroi. C’était assez risqué car je n’avais aucun papier, mais de ce fait je gagnais du temps et j’ôtais la possibilité à ceux qui étaient à ma poursuite de trouver ma trace immédiatement. Par chance, durant le voyage, il n’y eut aucun contrôle de documents ni de billets. À midi, nous sommes arrivés à la gare de Bouffioulx et chez la tante de Roman.

P. 105-106.

… et, à partir de là, avec des Belges et d’autres Russes libérés de même, il combat le fascisme, le nazisme allemand avec la résistance armée à Charleroi.

Cette rencontre de Mokran avec un peuple inconnu (sauf dans les livres) qui lui témoigne de l’amitié, j’en ai les larmes aux yeux en le relisant au moment de créer cette page en 2020.

Ayant collaboré à l’édition, j’ai reçu un exemplaire à l’époque. Je vois qu’il est signé par Yvonne Ledoux, par Benoît Michiels et par Jean Guy.