Le temps qu’il fait à Bruxelles   Le temps de Bruxelles :

Dominique Meeùs
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Barbara Castle, Sylvia and Christabel Pankhurst, 1987

Barbara Castle, Sylvia and Christabel Pankhurst, Penguin Books, 1987, 159 pages, ISBN : 0-14-008761-3.

L’autrice, Barbara Best (1910-2002) est issue d’une famille de travailleurs. Son père était fonctionnaire du fisc, politiquement proche de l’Independent Labour Party. Barbara elle-même est au Labour Party dès l’adolescence. Elle est très proche des travailleurs manuels (et des travailleuses), mais monte rapidement dans l’establishment politique. Comme ministre de l’Emploi, elle rédige une note pour tenter par la loi de réduire la force syndicale. (Mais elle apporte cependant un certain soutien aux femmes dans la grève de Ford Dagenham en 1968.) Castle est le nom de son mari, journaliste et politicien du Labour, fait baron en 1974 et décédé en 1979. (The Right Honourable, the Baron Castle of Islington in Greater London.) En 1990, à près de quatre-vingts ans, en remerciement des services rendus au système, elle est elle-même faite baronne Castle of Blackburn. (The Right Honourable, the Baroness Castle of Blackburn.) C’est un personnage complexe, puisque, après avoir été au sommet de l’appareil politique qui défend le capitalisme, il lui reste, sentimentalement, suffisamment de cœur à gauche pour que sa sympathie aille à la socialiste et communiste Sylvia à l’opposé des grandes bourgeoises conservatrices qu’étaient Christabel et sa mère Emmeline.

Ce reste de sentiment prolétarien (bien après l’âge de la retraite de la politique) chez une autrice qu’on pourrait qualifier de « conservatrice de gauche » donne en fin de compte un assez bon livre.

Sur l’esprit patriarcal victorien qui maintient les femmes « à leur place », elle donne deux vers saisissants de Tennyson :

Man with the head and woman with the heart ;
Man to command et woman to obey.
Tennyson, The Princess, cité ici p. 24.

Elle décrit (p. 24-26) l’évolution de la législation pour les femmes depuis le Reform Bill de 1832 qui donne aux hommes un droit de vote assez limité encore. (Pour comprendre la littérature sur les suffragettes, il faut savoir qu’en anglais on utilise le mot franchise pour le droit de vote.) Elles accèdent au conseil municipal par un amendement de 1869 au Municipal Corporations Bill. Les femmes reçoivent en 1870 le droit de posséder quelque chose (Married Women’s Property Acts). En 1882, elles peuvent se voir confier la garde de leurs enfants (Custody of Infants Act). En 1894, elles obtiennent une franchise plus large dans les divers pouvoirs locaux. À l’époque, l’action sociale se résume aux Poor Laws. Les membres du conseil de l’action sociale s’appellent Poor Law Guardians et le conseil Board of Guardians. (Hannah Mitchell raconte dans Mitchell 1997 qu’elle est élue Poor Law Guardian en 1904.)

En 1892, Keir Hardie est au Parlement le premier élu de la classe ouvrière, pour la classe ouvrière.

Keir Hardie’s election to Parliament electrified the Liberal and Conservative establishments. Born in Lanarkshire in 1856, the illegitimate son of Mary Kerr, a farm servant who was later to marry David Hardie, a ship’s carpenter, he had started work at eight as an errand-boy and grown up in grinding poverty. His later work in the pits had brought him into the trade-union movement and he had unsuccessfully fought a by-election in Lanarkshire in 1888 as the miners’ candidate. His election for West Ham in 1892 as candidate of the Radical Association was in no small part due to the unexpected death of the official Liberal candidate, leaving him with a straight fight against the Conservatives. Nonetheless his arrival in the House of Commons, dressed in cloth cap and tweeds, leaving a wife and children at home in Lanarkshire, marked a turning point in British politics. Despite catcalls and jeers at his unconventional garb, he remained defiantly his own man, announcing his intention to sit on the opposition benches, whatever government, Liberal or Conservative, was in power. A new era had begun.

P. 28.

Keir Hardie participe à la fondation de l’Independent Labour Party (ILP) à Bradford. Richard et Emmeline Pankhurst en sont parmi les premiers membres. (P. 29.) (Mais par la suite, Emmeline va virer très à droite, comme sa fille Christabel.)

Barbara Castle donne bonne idée du caractère de plus en plus bourgeois (qui devient aussi de plus en plus violent), de la tendance principale du mouvement, tandis que Sylvia choisit de se lier aux ouvrières. Déjà en 1906, Christabel est prête à accepter comme un premier pas toute franchise même limitée à un petit nombre de privilégiées. Le Labour au contraire voulait se battre pour un droit de vote de tous les travailleurs hommes et femmes. Le point de vue de Christabel est aussi totalement étranger à Sylvia. (P. 46.)

Sylvia remarque que le Labour est le seul parti qui a fait du droit de vote des femmes un objectif. Elle est émue par la misère sociale et déplore l’étroitesse de la vision de Christabel. (P. 55.)

As Sylvia shared the prison conditions of common criminals — the filthy cells, coarse prison clothing, almost inedible food and dehumanizing treatment by the warders — it seemed to her obvious that the Suffragettes should make common cause with this other oppressed section of society and press for prison reform. Christabel thought otherwise. No distraction was to be allowed from her central aim. But Sylvia was not to be silenced.

P. 58.

Christabel en était arrivée à s’opposer à tout élargissement de la démocratie, en ce que ça aurait pu reculer le moment d’une victoire partielle pour les privilégiées. Elle considère comme un traître le député Geoffrey Howard parce qu’il avait introduit (en 1908) une proposition de loi élargissant le droit de vote à 30 millions d’hommes et de femmes. (P. 76.) Le Premier ministre Asquith a eu ainsi le plaisir de se trouver d’accord avec les suffragettes pour rejeter la proposition.

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